Quand j'entends Cocoon, je repense à ces merveilleuses soirées à l'appart : Justine sur la gauche du canapé, avec son tee-shirt Snoopy et son jean, ses cheveux effilochés suite à une permanence ratée, sa bouteille de vodka et son rire qui attire les chauve-souris ; Mylène sur la droite du canapé, lançant son sempiternel "J'annonce !" avant de dire un truc quel qu'il soit, ou "Entre parenthèses..." si le truc en question est relativement méchant, et attrapant discrètement le Coussin de la Dépression pour aller frapper Ju avec ; William écroulé sur le pouf à ma droite, qui met subrepticement l'éternel My Friends All Died In A Plane Crash de Cocoon tout en nous disant "J'me sens énorme" puisqu'il vient de finir de manger, et me lance dans un murmure "Fuck !" à chaque fois que je lui fais une remarque ; et moi, assise par terre à les regarder, et penser qu'on n'est jamais aussi bien que lors d'un dîner entre amis, avec Virgin17 en fond pour pouvoir critiquer, à tenter de raisonner Justine, faire admettre à Mylène qu'elle est d'une violence inouïe envers nous, interroger William sur le nom de sa peluche panda et les circonstances de son changement de nom, écouter mes réflexions en général complètement à côté de la plaque, et rire ensemble... Rire à s'en décrocher la mandibule, rire en se tordant par terre ou en s'écrasant des coussins sur la figure à tort et à travers !
Quand j'entends Popular de Nadasurf, je nous revoie Justine et moi affalées sur le canapé, à discuter encore et encore pour lui faire un peu oublier son chagrin, et rire ensemble, rire comme avant, quand ça allait mieux, rire pour oublier à quel point tout cela a changé... Il me semble si loin, le temps où nous écoutions Pain de Three Days Grace dans le train et la chaleur de cette fin du mois de mai, appuyées contre la vitre, face-à-face dans un carré, sans parler, juste laisser cette musique panser ses blessures et effacer ses larmes peut-être plus efficacement que n'auraient pu le faire tous les mots doux du monde...
Quand j'entends Oasis chanter Wonderwall, je me souviens de ces moments passés avec William, Justine, Alex et Lise, ou une partie d'entre eux, que ce soit en philo où je voyais William supporter les sempiternels "Bzzz !" de Lise ; en SVT où j'étais prête à tout pour faire rire Alex quand ça n'allait pas fort ; en spé où j'étais la seule à me faire engueuler parce que, sur les quatre, j'étais la seule incapable de rire discrètement ; en maths, pour tout et n'importe quoi ; en sport quand Justine bénéficiait d'une dispense et que nous faisions tous semblants de participer alors qu'en fait, on n'était pas vraiment impliqués, sauf le jour où Lise s'est cassé la cheville. Et toutes ces fois où Alex nous faisait des grimaces pas possibles avant d'éclater de rire avec ses narines qui frétillent, où Lise nous faisait "Bzzz" ou "Bawoo" selon l'humeur, tous ces fous rires ensemble. Sans oublier Marine, qui n'était alors pas très présente, mais est devenue si proche de nous petit à petit, avec ses petites phrases perverses, ses regards lubriques, ses crises de rire, ses espoirs fous concernant monsieur B... Je repense à tout ça grâce à cette chanson, et à toutes ces heures dans le bocal, ou sous le bâtiment E, ou au milieu de la cour avec le groupe, tous étalés à même le sol, à bronzer, parler, rigoler, se raconter des potins, regarder certains jouer à la belote, s'inventer des histoires, dire des bêtises, espionner la venue de mes obsessions... Quelle tranquillité, quelle légèreté régnaient alors ! Les premiers jours de grand beau temps nous faisaient oublier tous nos problèmes, toutes nos petites contrariétés... Que la vie était douce sur cette musique !
Quand j'entends Lemontree de Fool's Garden, je revois tous ces bons moments passés avec William, toutes ces fois où l'on s'est retrouvés à rire, rire à n'en plus pouvoir ! Je me souviens en détails de notre rencontre, dans le bâtiment C, au 3ème étage, quand il m'a questionné sur ce que je regardais par la fenêtre et que je lui ai répondu : "Je me demande si, le jour où il y a un incendie, on peut sauter sur cet arbre par la fenêtre et redescendre jusqu'au sol.". Et il a souri, nous nous sommes regardés avec ce même air étrange sur le visage, et j'ai su que je venais de trouver un ami. Je nous revoie, dans les escaliers sortant du cours de maths, moi déprimée et lui tentant de me remonter le moral avec ce qui s'avèrera être notre tout premier délire commun : Happyland, le pays où les profs de maths n'existent pas ! Tout est parti de là, Lucas nous a aidé à dériver sur les Happyculteurs, et ce fut le début d'une grande amitié. Je me rappelle aussi toutes les fois où on s'est engueulés, pour tout et n'importe quoi, sans jamais supporter de se faire la tête pendant plus de quelques heures, quelques jours pour les plus grosses disputes. Et nos excuses, à la pelle ; nos promesses d'être moins susceptibles, moins blessants, moins ceci ou cela ; nos progrès, pas toujours faciles, souvent trop lents, mais on sait que l'intention y est ; nos sourires, nos histoires extravagantes, et nos rires, encore. Nos projets aussi, entrant souvent dans la catégorie des Bons Plans Qui Foirent ; nos colères ; nos invitations chez l'un ou chez l'autre ; nos discussions la nuit à c½urs ouverts ; nos fous rires au goûter. Notre complicité qui nous fait dire les mêmes phrases en même temps, faire les mêmes plaisanteries, rire aux même choses. Nos journées shopping à Bordeaux, nos après-midi au cinéma, notre faux mariage lors de l'anniversaire de Lise. Jusqu'au récent "Alors si le chien de la grand-mère de Tristan vient...", tous ces moments passés avec William, je les revois en pensées lorsque je chantonne Lemontree, et je ris déjà à nos futures aventures, je pleure à nos futures prises de bec, je médite à quelques-unes de ses phrases que, je crois, je n'oublierai jamais. Ce jour où il m'a dit, alors que ça chauffait entre Justine et moi au point que je me demandais s'il ne valait pas mieux tout laisser tomber, d'une voix triste et déçue : "Arrête, dis pas ça ! Toi, moi et Justine on devait être les trois meilleurs amis du monde pour la vie...". Je n'oublierai pas non plus, dans la pénombre de notre chambre chez Gus, à Londres, le si violent : "De toute façon je sais bien que tu pourras pas supporter d'être amie avec moi toute ta vie, tu finiras par en avoir marre de moi.". Et je te prouverai le contraire.
" You can touch, you can play, if you say I'm always yours."
Aqua (pour les enfants des 90's)


