Mon Prince Charmant

[J'ai toujours été nulle en intro.]

En ce moment, on me reproche d'être célibataire (le comble ! c'est moi qui devrait m'en plaindre non ?!) tout ça parce que soi-disant je ne cherche pas, et je suis trop difficile, et machin bidule truc... Parce que voyez-vous, il paraît que si je voulais, je pourrais avoir un copain. C'est vrai quoi, mes longs cheveux blonds, mes yeux d'un bleu profond, mon décolleté à faire pâlir Adriana Karembeu, mes fesses qui font se retourner tous les mâles dans la rue, mon sourire aguicheur, mon déhanché de folie, ma sensualité naturelle & moi, on constitue un véritable fantasme ambulant !
Ou pas.
Alors, pour la longue file de prétendants qui se bouscule aux portes de mon palais, voici une petite liste non exhaustive de ce qui peut m'attirer :

I / Le physique

Sincèrement, j'm'en contrefous. Bon, y a des limites hein, comme le dit William : "S'il est vieux, rachitique, couvert de boutons purulents, avec la peau qui se nécrose, les yeux vitreux, des longs et gros poils noirs des pieds à la tête, bossu, moitié chauve avec des mèches de cheveux rabattues sur le dessus du crâne pour faire croire qu'il ne l'est pas, et qu'il bave", là c'est vrai que j'aurai un peu de mal (arf l'euphémisme !). Cependant, soyons honnêtes : ce n'est quand même pas la majorité de la gent masculine !
Donc, disons que je parle du physique idéal.
Dans ce cas, mon Prince Charmant est : bouclé (oui Eléa aime les boucles !), brun à châtain (Eléa préfère les cheveux foncés), les yeux verts (les gens préfèrent bleus, et pourtant [Eeet pourrrrtaaaant !!] Eléa ne jure que par les yeux verts), plus grand que moi (ce qui n'est pas trop difficile pour un garçon), mince (Eléa n'aime pas les grands baraqués), avec une pilosité minimale (Eléa n'aime pas les torses moquettés), avec de belles mains [de préférence deux, ah ah ah !] (Eléa répudie les mains courtes et boudinées avec les ongles longs, ça fait pas joli).

[Et je suis aussi nulle en phrase de transition]

II / Le reste

C'est là que le bât blesse. En fait, je ne demande pas grand'chose, juste un tout petit critère, mais qui apparemment se fait on ne peut plus rare : il faut qu'il ait un grain de folie.
J'demande pas qu'il soit super bien habillé, ou qu'il sache réparer sa voiture tout seul quand elle est en panne, ou qu'il joue de la guitare comme un dieu [Anguuuuuuuus !!], ou qu'il s'y connaisse plus que tout le monde en matière d'ingénierie aéronautique, ou qu'il me fasse des cadeaux à chaque fois qu'il en a l'occasion, ou qu'il puisse me réciter des passages entiers de "Nana" de Zola de mémoire, ou qu'il porte des tee-shirts du Che avec des badges "OGM non merci", ou qu'il soit aux petits soins pour moi, ou qu'il frappe le premier garçon qui s'approche trop près de moi, ou que sais-je encore.
Tout ce que je veux, c'est un garçon fêlé.
Un garçon capable de faire des trucs insensés.
Attention : pas un crétin qui fait n'importe quoi parce que ses deux neurones ne lui permettent pas de comprendre que c'est stupide & dangereux.
Non, juste un doux dingue.


Ce garçon, il est capable de :

_sauter dans les flaques quand ses chaussures sont étanches_
_rire sans toujours en donner la raison, parfois même sans en avoir une_
_regarder, observer par pure curiosité_
_courir dans la rue_
_faire des dessins dans la buée des vitres le matin_
_inventer des histoires_
_sauter d'une idée à une autre sans raison ni transition_
_dire des bêtises_
_faire une bataille de coussins_
_gaffer_
_courir après un train pour finalement s'apercevoir que ce n'est pas le sien et exploser de rire_
_danser sous la pluie_

Pas tout ça à la fois bien entendu ! Mais de temps en temps, histoire de s'amuser...

[Et je suis nulle en conclusion]




"Crie juste pour voir !"
Luke



# Posté le samedi 08 novembre 2008 18:15

Modifié le dimanche 09 novembre 2008 11:33

Les tribulations de deux étudiants indécis

Vendredi 3 octobre, Bordeaux :
Après avoir eu cours de 8h à 13h, où les doublants se sont montrés plus agités que d'habitude, à en juger par le nombre de chansons paillardes dont ils nous ont fait profiter, ainsi que par le nombre d'avions en papier qui jonchent le sol, nous sortons enfin.
Pénible, donc.
Rien jusqu'à 18h30, où nous
commenceront 4h de tutorat, un ennui notable nous gagne. On enchaîne quand même fou rire sur fou rire. Avec notamment les pigeons qui fomentent un complot mondial contre les Hommes, le commentaire des différents articles de Marianne, la conviction que la prof de chimie est vraiment le sosie de Christine Lagarde, et Eléa & William qui se cachent derrière un bosquet quand Mylène arrive. Sans oublier le fredonnement de quelques passages mythiques du dessin animé Hercules ("Nous sommes les cinq muses, déesses des arts...").
Tentative de tr
ouver Gérard pour lui fêter la Saint Gérard. Toujours en train de taper la causette avec quelqu'un, ou au téléphone, putain y a pas moyen de le croiser sans qu'il soit occupé !!
Puis 18h30 a
rrive doucement.
18h27 : "-Pfff j'ai vraiment pas envie d'y aller
...
-Moi non plus..."
Regard qui en dit long.
"Si t'y vas pas, j
'y vais pas !"
"En même temps, y a pas beaucoup de gens qui vont
y aller, vu que ça finit à 22h30."
"Et on peut récupérer les pol
ycop lundi, ils sont à l'entrée."
"Si on part maintenant, on a le
dernier train."
D'un commun accord donc, et après avoir tué le
temps comme on pouvait pendent 5h, nous nous enfuions sur la pointe des pieds.
Et là, miracle, croisage de Gérard au téléphone. J
'lui souris, dans un vain espoir de réponse. Il me sourit, et me fait au revoir de la main !! Ouais, il me snobe pas ! Eh oui, ma nouvelle obsession venant de nulle part s'appelle Gérard, et c'est lui qu'a commencé ! Il m'a embêté avec mon chapeau, résultat : fixette. Une sorte de M'sieur Bénabar n°2. J'suis un peu inquiétante des fois, non ?
Bref.
Nous sortons de la fac, ô joie, nous
voyons notre bus qui attend sagement. Marchons vers lui. Nous étions à, quoi ?, 16 ou 17 malheureuses secondes ! Oui, à si peu de temps, nous l'aurions eu. Mais non, le chauffeur démarre, nous voit le supplier de s'arrêter, nous adresse un grand sourire accompagné d'un signe de la main, genre "Oui oui je vous ai vu !" et nous passe à côté, nous laissant seuls sur le bord de la route, dépités.
Nous traçons donc vers le tram. L'affichage indique "env
. 2 min". Nous nous méfions du "env.". Et avec raison : trente secondes plus tard, l'affichage se transforme en "9 min". Argh. Demi-tour, le prochain bus arrivera plus tôt ! Celui-là, on l'a eu. En sortant, nous courrons jusqu'au tram, habitués à l'avoir à la dernière seconde. Mais là, 4 secondes supplémentaires auraient été les bienvenues. Les portes se referment devant nos nez. Au moins comme ça, on a le temps de noter les horaires de bus pour la gare. William s'y colle, avec une efficacité redoutable. Prenons le suivant, courrons chacun chez soi.
Balançon
s nos affaires dans nos valises respectives aussi vite que possible. Retour à l'arrêt de tram. William n'est pas encore là. Texto n°1 :"4 min, COURS !!!". Et il a couru. Mais pas assez vite. D'où texto n°2 : "Raté...".
Nous prenons le suivan
t. Courrons jusqu'au bus. Trop drôle d'être sur la plaque tournante dans un bus double, impression de faire du surf !
So
rtons et courrons à nouveau dans la rue. Avec nos deux valises qui font "tac-tac-tac-tac" sur le sol carrelé. Les passants s'écartent de notre chemin en riant. Entrée dans la gare, course jusqu'à la borne, commande de deux billets. Au deuxième, "code refusé", eh merde, sors la carte et retape le code putain !! J'en profite pour regarder à quelle voie est notre train. Voie 11. Départ : 20h09. Heure actuelle : 20h05.
DEPECHE, DEPECHE, DEPECHE !!!
Compostage, e
t COOOOUUUURS !!
Failli tomber 2 fois, William une se
ule.
Les gens se marrent en nous voyant courir comme
des dératés, avec nos valises qui partent un peu en live, et nos ratés qui nous font presque nous écraser au sol !
Arrivée sur le quai, sprintons jusqu'à la po
rte. Sautons dans le train, essouflés, tout rouge et dégoulinants de sueur. Les gens nous regardent en riant "Finalement vous l'avez eu !".
Que de tribulations
palpitantes !
Eh ben, personnellement j'adore ce genr
e d'aventures, mais ça n'a pas l'air du goût de William, stressé comme pas deux, énervé de ne rien contrôler de ces péripéties innombrables, frustré de devoir courir alors que le retour s'était annoncé bien tranquille.
Au moins, on n'a pas eu le temps de s'ennuyer
!


"Mangez sur l'herbe, dépêchez-vous, Un jour ou l'autre, l'herbe mangera sur vous ! "
Jacques Prévert


# Posté le dimanche 05 octobre 2008 07:35

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 05:53

Max Linder

Max Linder
Et voilà...
Une journée à Max, et tout me paraît si loin...
La fac, ma chambre universitaire, Bordeaux...
Envolés.
Il n'y a plus que moi, ces gens que j'aime, et Max, cet endroit où j'ai été si heureuse !
Ce lieu est le théâtre de tant de souvenirs...
Des délires, de Happyland à "Vole, petit sac plastique, va vivre ta vie de sac plastique !! ♪Envole-toi, envole-toi, amanamanaa (yaourt puisqu'on ne connaît pas les paroles) qui collent à ma peau !♪"...
Des amis, William en tête, et Justine, Alexandra, Caté, Marine, Lise, Renaud, Lauranne, Mouton, Malou,...
Des profs, d'excellents à insupportables...
Des emplois du temps, d'arrangeants à dérangeants...
Et une année mythique, cette année de terminale. Mes amis, des phrases mémorables, des jeux quelque peu extraordinaires (du Jungle aux courses d'abrutis), un emploi du temps supportable, et des profs inoubliables.

Je les ai revus, aujourd'hui.
J'ai parcouru la cour dan
s laquelle nous nous retrouvions si souvent.
J'ai pass
é la journée avec quelques-uns de mes amis, et pas des moindres.
Je me suis remémoré une partie des inepties
qu'on a pu dire en ces trois années.
J'ai discuté avec
tous les profs qu'on aimait tant.
Par ordre d'apparit
ion :

Mr H****, agréablement surpris de nous voir. Inutile de le décrire, vous savez déjà ce que j'en pense je crois !
Mr T****, accompagné de *Tony*, qui, ô surpr
ise, fume la cigarette et non le cigare ! Sincèrement ravi de nous voir, discute pendant une heure pendant laquelle nous avons eu droit bon nombre de fois à son sourire si craquant ! Fou rire grâce à Justine et son "Elle a que ça à la bouche !", même lui se marre, pour oublier qu'il va être le témoin de ce mauvais mariage.
A
nouveau Mr H****, qui nous avait invités à venir le voir à 11h, il n'avait pas cours. Premiers pas dans une salle des profs. Au final, une heure totale et complète à moins de deux mètres de lui. J'vous dis pas l'euphorie. "Faut que j'arrête de sourire, c'est ridicule, d'accord je suis contente, non pas tant que ça en fait, si j'suis en train de planner, mais il faut pas qu'il le sache, mais putain c'que j'm'en fous, il le sait déjà, et puis c'est pas ma faute s'il est intelligent, et drôle, et piquant, et beau, et qu'est-ce qu'il sent bon, oh non je souris encore plus là, concentre-toi sur ses défauts, mais il en a pas, mais si il en a, tiens par exemple sa démarche elle est pourrie, mais elle m'amuse, bon il est mal rasé alors, oui mais il est terriblement beau avec sa barbe de trois jours, mais il a 40 ans enfin !, et alors j'compte pas l'épouser, enfin si mais non, j'veux juste pouvoir le regarder, et puis le truc de la gamine qui craque sur son prof franchement c'est cliché, mais j'y peux rien s'il est parfait, il est pas parfait, personne ne l'est !, mais lui il est parfait pour moi, arrête de penser des bêtises pareilles, t'es ridicule ma pauvre fille, en plus il est capable de s'énerver pour un rien quand il est de mauvais poil, putain c'qu'il est beau quand il s'énerve, mais tu vois pas qu'il te trouve pitoyable ?, et alors ?, il me regarde !, tu vois bien que ça le fait marrer !, mais il est beau quand il me sourit !, mais tu vas arrêter de sourire !?!"
Mr B******* qu'on apprécie beaucoup malgré tout, c'est-à-dire malgré son caractère légèrement lunatique, parce qu'il y a ses vêtements, ses sourires et ses quelques fous rires irrésistibles, ses preuves ou indices de son appartenance à l'autre bord dirons-nous, ses bras & ses mains & ses fesses, ses anecdotes qui nous restent souvent obscures, et son caractère quand il est dans une bonne phase !
Mr S*******, toujours
aussi singulièrement pertinent, simili-bourrin mais tendre en réalité, et avec un humour aussi nul que nous !
Mr L**
******* qui est dingue de moi, et je le lui rend bien ! Faut-il que les autres soient superficiels pour ne pas se rendre compte que c'est vraiment un chic type ! Et qu'est-ce qu'on peut se sentir important, quand il nous fixe de son regard d'enfant précipité trop tôt dans la cour des grands, ses yeux semblent vous montrer un respect frôlant l'admiration, comme si le simple fait que vous soyez Vous l'impressionnait au plus au point ! Il n'a parlé quasiment qu'avec moi, mais je sais que ça lui a fait plaisir de nous voir, et je voulais vraiment qu'il prenne conscience du fait que moi je l'adore.
Mr C****** et son sourire
semi-divin quand il nous voit arriver ! Cet homme m'impressionne : même en cherchant bien, je ne vois pas ce qu'on pourrait lui reprocher. Il est tout simplement adorable. Il plaisante avec nous, nous écoute dire des bêtises et en rigole, après tout c'est pour entendre ce genre de choses qu'il s'approchait sans cesse de notre table, au point qu'on l'intégrait carrément à nos discussions puisqu'on savait que ça l'amusait autant que nous !
Et puis brève rencontre
de M'sieur Bénabar, et Mr H**** dit que malgré sa blouse blanche, son boulot de prof de maths et son air sérieux, il porte un piercing à l'oreille ce qui signifie qu'il cache bien son jeu ! Mr H**** pas plus surpris que ça d'apprendre que je l'ai vu porter un tee-shirt Metallica, ce qui confirme notre théorie commune : c'est un punk !
Et croisement de M'sieur-G****
*-qu'a-trop-le-style-quand-i'-marche, et de Adolf-Thierry-Teddy-Eddy-Patrick, souvenirs souvenirs...


Prochainement : le déjeûner avec Mr T**** (premier à nous l'avoir proposé), Mr H**** (deuxième à nous l'avoir proposé), Mr C****** (était ravi lorsqu'on lui a proposé de venir aussi), et peut-être James si on lui demande ?


Nostalgique ? Eh, pour l'instant, ce n'était rien d'autre que la meilleure année de ma vie...


Musique appropriée...


[Vous savez peut-être que j'ai l'habitude de terminer mes articles par une citation. Je pensais à celle-ci : "La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre." d'Anatole France, mais il se trouve que j'ai lu ceci récemment, et étrangement ces mots me paraissent exprimer à merveille ce que je ressens]

" & c'est les parents qui financeront nos folies. "
Ma cousine Max

# Posté le lundi 08 septembre 2008 14:08

Modifié le dimanche 12 octobre 2008 06:01

Et un jour j'enverrai promener le monde...

Je suis perdue...
Je la regarde, et je ne peux pas retenir une pensée dérangeante, honteuse, comme déplacée.
Elle a la vie dont je rêve.
Elle est l'incarnation même de mes désirs.
Je l'envie, vous n'imaginez pas à quel point...
Elle est ce que je voudrais être, tellement parfaite que je n'oserais la décrire tant les mots sont fades comparés à l'idée qu'ils devraient exprimer.
Elle a toutes les qualités possibles, à la fois Intelligente, Belle, Drôle, Sociable, Curieuse, Souriante...
Tous ces défauts qui me collent à la peau n'existent pas chez elle : ma dégoulinante timidité, mon répugnant complexe de supériorité, et jusqu'à mon exécrable fierté.
La voir me serre le coeur, sa simple présence met en exergue mes échecs les plus cuisants, l'inanité de mes efforts aussi immenses soient-ils.
Ma nullité n'a d'égale que sa Perfection.



Alors je lis pour oublier.
Je me plonge dans ces autres vies qui m'éloignent toujours plus de la mienne.
Alors je monte le son dans mes écouteurs.
Plus la musique inonde mes tympans, plus elle explose dans ma tête, moins je suis en mesure de penser.
Alors je me jette à corps perdu dans les bras de Morphée.
Que mes rêves écrasent de leur réalité celle-ci qui m'est insupportable.
M'assommer de mots, de sons, d'images, de n'importe quoi tant que ça me met K.O.
Je ne veux pas vivre, je veux planer.
M'abandonner à ces vents grisants qui me propulsent hors de ma vie et de sa lourdeur, sa viscosité.
Je veux m'extraire de cette mélasse étouffante quels que soient les risques encourus.
Et si je dois y laisser tout ce qui constitue ma "vie", très bien.
De grands sacrifices pour de grands rêves.







Quel est le prix de l'Oubli ?






N'obstine que l'âme, cette seule denrée,
Puis défends-toi
Contre la vertu de ceux pour qui l'amour
N'est qu'un mouvement que l'on peut faire de haut en bas !
Oublie le reste du monde
Car le monde t'oubliera...


Luke, Le Reste du Monde

"En dehors de l'enfance et de l'oubli, il n'y a que la grâce qui puisse vous consoler d'exister."
Eugène Ionesco


[Pix : Deviantart, Prendre la fuite by LE Taka]
Et un jour j'enverrai promener le monde...

# Posté le lundi 11 août 2008 18:35

Modifié le samedi 23 août 2008 08:39

Extrospection

J'aurai pu intituler cet article "Mon incompréhension du monde", mais personne ne lit les titres d'articles.
C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit.
Lorsque mes yeux se posent sur le monde, il semblerait que je ne vois pas la même chose que vous.

D'abord, la nature m'apparaît différemment.

~Rien n'égale en beauté les étoiles brillant dans le ciel comme autant de phares auxquels je me raccroche.~
Mais cela, vous ne le voyez pas.
~L'allure élégante et impériale d'un chat, le vol saccadé d'une chauve-souris, les tribulations discrètes d'une fourmi sont pour moi des sources d'émerveillement.~
Tout ceci vous indiffère.
~Le vent, frôlant subrepticement ma joue, pleurant à mon oreille ou hurlant son infinie puissance derrière les murs qui me protègent, m'inspire une crainte admirative.~
Il vous laisse de marbre.
Chaque démonstration de la toute-puissance de la nature provoque chez moi une peur respectueuse, me rappelant ma modeste condition et la supériorité indubitable de cette nature sur ma décadante espèce.

Et puis, il y a vous.
Je ne vous comprend pas.
Etrangement, rien ne m'est plus obscur que mes pairs.
Bien sûr, ce n'est pas valable pour tout.
Pour être plus précise, ce sont vos codes que je ne saisis pas.
Jamais mon esprit dérangé n'a intégré le moindre de ces irrationnels codes sociaux.
Probablement parce qu'ils sont irrationnels. Ils ne viennent de nulle part, ne mènent nulle part. Une sorte de règlement tacite et diffus, auquel je suis imperméable.
Cela explique en grande partie ma marginalisation. Oh, bien sûr, certains d'entre vous pensent peut-être que je ne suis pas marginale. C'est le résultat de plusieurs années d'observation de ma part. Ce qui vous est inné ne l'est pas pour moi, il ne m'est même pas acquis. Ma sociabilisation est un désastre, dissimulé du mieux que possible par une utilisation à tort et à travers du mimétisme.
C'est une technique vieille comme le monde, cependant elle fonctionne toujours.
Je ne comprend pas ce que je dois faire, je m'en tire à bon compte en copiant les faits et gestes d'un autre.
C'est comme si je me trouvais dans un pays étranger : tout m'échappe, mais à force d'y vivre, j'ai mémorisé le comportement des autres. Je peux dire quelque chose sans savoir si cela signifie "salut" ou "ravie de te rencontrer" ou encore "béni sois-tu", simplement c'est ce que se disent les gens quand ils se voient le matin.
Je me suis déjà demandée si vous-même vous saviez à quoi rime tout cela. En réalité, il n'y a que deux possibilités : soit vous le savez, soit vous l'ignorez mais vous estimez qu'il n'y a pas lieu de se poser la question. Dans le premier cas, je suis exclue de votre cercle parce que j'ignore le sens de ces actes, dans le deuxième je suis exclue parce qu'il m'y faut un sens. Le résultat est le même.
C'est handicapant sur le plan social, car les gens voient d'un mauvais oeil ces transgressions.
J'ai cependant accompli des progrès considérables, notamment cette dernière année. En septembre, je faisais encore tout et n'importe quoi pour ne pas avoir à acheter mon abonnement de train moi-même. Quand j'étais plus jeune, le contact avec toute personne inconnue me tétannisait.
Je suis allée chez le dentiste, hier. Pour la première fois, j'ai su me débrouiller sans ma Maman, et je crois sincèrement que j'aurai réussi même si ma soeur n'avait pas était là.
Quand le docteur est arrivé, j'étais en train de feuilleter un magazine. Je ne le lisais pas vraiment, personne ne les lis, c'est juste pour donner l'impression de faire quelque chose. C'est un de ces codes que j'ai bien "imprimé" sans savoir ?Pourquoi? il faut faire comme cela. Le docteur m'a regardé, a dit : "Bonjour, c'est à vous.". Cela aussi est un code, il doit dire cela, même s'il n'y a personne d'autre dans la salle d'attente et que toutes les personnes en présence ont déjà compris. Alors, je me suis levée, ai posé le magazine, me suis approchée. Le docteur m'a tenu la porte, et dans l'embrasure de la porte je lui ai dit bonjour et lui ai serré la main. C'est ainsi que nous sommes tenus d'agir, il ne peut pas ne pas tenir la porte, et il est hors de question de le saluer à un autre moment que dans l'embrasure de celle-ci.
Cet exemple est des plus démonstratifs : je n'ai commis aucune erreur, tout s'est déroulé sans fausse note.
Lorsque ce n'est pas le cas, la personne en face se charge de me le faire comprendre, volontairement ou non, consciemment ou non.
Elle tique.
Il est des personnes qui ne voient pas leur interlocuteur tiquer, mais je ne suis malheureusement pas de celles-là.
Je le vois, je ne vois même que ça.
Et cela signifie que j'ai échoué.
Par ma faute, ils savent.
Ils savent que je ne suis pas comme eux, que je n'obéis pas à leur Règlement.
Dès lors, certains me méprisent, d'autres m'affichent leur désapprobation, les plus compréhensifs me prennent en pitié.
Et l'on me parle sur un ton hautain, on me lance un regard noir, ou on m'explique lentement en détachant les syllabes comme on le ferait pour un arriéré mental.
D'abord, la honte. Immédiatement après s'y ajoute le sentiment de nullité. L'envie de disparaître sous terre se transforme en envie de pleurer, pour devenir l'envie de fuir le plus loin possible.
A force de persévérance quelque peu imposée par la réalité de ce monde, j'en suis arrivée à ne plus entrer dans cette spirale infernale avec les "oubliables". J'entends par là les gens qui ne sont sur ma route que par pur hasard et que je ne reverrai très probablement jamais. Ainsi j'arrive maintenant à demander l'heure à un passant ou de la monnaie sur un billet à quelqu'un qui attend le tram avec moi, sans avoir les mains qui tremblent.
Mais les gens entrant dans cette catégorie sont peu nombreux. La plupart des gens ne sont pas des "oubliables", qu'ils soient l'ophtalmologue chez qui je vais finir par retourner au bout d'un an, la guichetière de la gare que je risque potentiellement de croiser matin et soir en traversant la gare, la pionne du collège à qui je risquais d'être confrontée chaque fois que j'avais une heure de perm'.
Ces personnes, et bien d'autes encore, je ne les ai pas oubliées. Je ne peux pas. Elles sont l'incarnation même de mon échec, la preuve vivante de mon incapacité à entretenir des relations sociales normales.

Quand je vous regarde, je ne saisis pas votre comportement. Souvent, je le trouve abSurde, parfois même stupide.
Je ne comprend pas pourquoi les gens me regardent de travers quand je cours dans la rue, sans raison aucune, juste pour le plaisir de courir. Pourquoi avez-vous toujours besoin d'une raison à tout, une raison se référant directement à ces tortueux codes sociaux ?
Je ne comprend pas pourquoi les gens passent à côté des SDF sans même leur accorder un regard, feignant de ne les voir ni ne les entendre, alors que chacun sait que c'est faux. On n'est pas forcé de donner une pièce, mais on peut au moins dire "Non, désolé", ça ne nous coûte rien, et ça leur montre qu'ils ne sont pas inexistants aux yeux de la société.
Je ne comprend pas pourquoi certaines choses me sont interdites, comme demander le salaire de quelqu'un, dire non à la question "j'vais pas bien j'peux te parler ?" ou dire ce que je pense tel que je le pense quand on me demande mon avis sur quelqu'un ou quelque chose qu'on aime ; et certaines me sont imposées, comme saluer systématiquement toutes les personnes que je connais, dire "Oh merci c'est trop gentil il fallait pas" quand on m'offre un cadeau, ou inviter à entrer quelqu'un qui est sur le pas de la porte.

Alors, aujourd'hui, je fais toutes ces choses parce que je vois bien que c'est ce que vous attendez de moi et que vous ne tolérerez aucun écart. Mais je sais que je ne suis pas comme vous, je n'ai pas votre aisance, votre assurance, et je m'en fais violence. Cependant j'ai maintenant conscience du fait que je ne changerai Jamais, que tous mes efforts ne me conduirons qu'à une meilleure dissimulation de cette asociabilité. Et plus j'essaye de vous ressembler, plus flagrante m'apparaît mon incapacité à assimiler tous ces codes qu'un enfant de 10 ans maîtrise déjà parfaitement.
Peut-être serait-il meilleur pour moi de cesser mes efforts, j'ai trop souvent l'impression qu'ils ne me conduisent qu'à de faux espoirs et de grandes désillusions.




"Les hommes ne vous trouvent sages que lorsqu'on partage ou qu'on approuve leur folie. "
Alphonse Karr


# Posté le jeudi 24 juillet 2008 21:22

Modifié le samedi 26 juillet 2008 11:08