Après avoir eu cours de 8h à 13h, où les doublants se sont montrés plus agités que d'habitude, à en juger par le nombre de chansons paillardes dont ils nous ont fait profiter, ainsi que par le nombre d'avions en papier qui jonchent le sol, nous sortons enfin.
Pénible, donc.
Rien jusqu'à 18h30, où nous commenceront 4h de tutorat, un ennui notable nous gagne. On enchaîne quand même fou rire sur fou rire. Avec notamment les pigeons qui fomentent un complot mondial contre les Hommes, le commentaire des différents articles de Marianne, la conviction que la prof de chimie est vraiment le sosie de Christine Lagarde, et Eléa & William qui se cachent derrière un bosquet quand Mylène arrive. Sans oublier le fredonnement de quelques passages mythiques du dessin animé Hercules ("Nous sommes les cinq muses, déesses des arts...").
Tentative de trouver Gérard pour lui fêter la Saint Gérard. Toujours en train de taper la causette avec quelqu'un, ou au téléphone, putain y a pas moyen de le croiser sans qu'il soit occupé !!
Puis 18h30 arrive doucement.
18h27 : "-Pfff j'ai vraiment pas envie d'y aller...
-Moi non plus..."
Regard qui en dit long.
"Si t'y vas pas, j'y vais pas !"
"En même temps, y a pas beaucoup de gens qui vont y aller, vu que ça finit à 22h30."
"Et on peut récupérer les polycop lundi, ils sont à l'entrée."
"Si on part maintenant, on a le dernier train."
D'un commun accord donc, et après avoir tué le temps comme on pouvait pendent 5h, nous nous enfuions sur la pointe des pieds.
Et là, miracle, croisage de Gérard au téléphone. J'lui souris, dans un vain espoir de réponse. Il me sourit, et me fait au revoir de la main !! Ouais, il me snobe pas ! Eh oui, ma nouvelle obsession venant de nulle part s'appelle Gérard, et c'est lui qu'a commencé ! Il m'a embêté avec mon chapeau, résultat : fixette. Une sorte de M'sieur Bénabar n°2. J'suis un peu inquiétante des fois, non ?
Bref.
Nous sortons de la fac, ô joie, nous voyons notre bus qui attend sagement. Marchons vers lui. Nous étions à, quoi ?, 16 ou 17 malheureuses secondes ! Oui, à si peu de temps, nous l'aurions eu. Mais non, le chauffeur démarre, nous voit le supplier de s'arrêter, nous adresse un grand sourire accompagné d'un signe de la main, genre "Oui oui je vous ai vu !" et nous passe à côté, nous laissant seuls sur le bord de la route, dépités.
Nous traçons donc vers le tram. L'affichage indique "env. 2 min". Nous nous méfions du "env.". Et avec raison : trente secondes plus tard, l'affichage se transforme en "9 min". Argh. Demi-tour, le prochain bus arrivera plus tôt ! Celui-là, on l'a eu. En sortant, nous courrons jusqu'au tram, habitués à l'avoir à la dernière seconde. Mais là, 4 secondes supplémentaires auraient été les bienvenues. Les portes se referment devant nos nez. Au moins comme ça, on a le temps de noter les horaires de bus pour la gare. William s'y colle, avec une efficacité redoutable. Prenons le suivant, courrons chacun chez soi.
Balançons nos affaires dans nos valises respectives aussi vite que possible. Retour à l'arrêt de tram. William n'est pas encore là. Texto n°1 :"4 min, COURS !!!". Et il a couru. Mais pas assez vite. D'où texto n°2 : "Raté...".
Nous prenons le suivant. Courrons jusqu'au bus. Trop drôle d'être sur la plaque tournante dans un bus double, impression de faire du surf !
Sortons et courrons à nouveau dans la rue. Avec nos deux valises qui font "tac-tac-tac-tac" sur le sol carrelé. Les passants s'écartent de notre chemin en riant. Entrée dans la gare, course jusqu'à la borne, commande de deux billets. Au deuxième, "code refusé", eh merde, sors la carte et retape le code putain !! J'en profite pour regarder à quelle voie est notre train. Voie 11. Départ : 20h09. Heure actuelle : 20h05.
DEPECHE, DEPECHE, DEPECHE !!!
Compostage, et COOOOUUUURS !!
Failli tomber 2 fois, William une seule.
Les gens se marrent en nous voyant courir comme des dératés, avec nos valises qui partent un peu en live, et nos ratés qui nous font presque nous écraser au sol !
Arrivée sur le quai, sprintons jusqu'à la porte. Sautons dans le train, essouflés, tout rouge et dégoulinants de sueur. Les gens nous regardent en riant "Finalement vous l'avez eu !".
Que de tribulations palpitantes !
Eh ben, personnellement j'adore ce genre d'aventures, mais ça n'a pas l'air du goût de William, stressé comme pas deux, énervé de ne rien contrôler de ces péripéties innombrables, frustré de devoir courir alors que le retour s'était annoncé bien tranquille.
Au moins, on n'a pas eu le temps de s'ennuyer !
"Mangez sur l'herbe, dépêchez-vous, Un jour ou l'autre, l'herbe mangera sur vous ! "
Jacques Prévert