Rien.
Du moins rien d'autre que ce que je veux bien vous montrer.
Vous croyez me connaître comme je crois vous connaître, à cette différence que moi, j'ai conscience qu'il ne s'agit que d'une illusion. Vous savez seulement à quoi ressemblent les ténèbres impénétrables qui protègent ma planète, mais contempler l'étendue de votre ignorance n'est pas en soi une connaissance. Vous n'êtes capables que de décrire le halo de subterfuges qui voile mon monde, à supposer que ces sombres volutes en dissimulent bien un. Ceux d'entre vous en qui j'ai le plus confiance ont peut-être déjà transpercé d'un regard cette fumée opaque, mais ils n'ont fait alors qu'effleurer subrepticement la nébuleuse qui garde mon identité en son coeur. Des Formes apparaissent là où il n'y avait rien, enflent, éclatent ou rapetissent jusqu'à s'en retourner mourir dans l'absence. Les ombres naissent, glissent et mordent le flanc de volumes chaotiques. Tout cela explose et implose indéfiniment sans qu'une telle agitation ne produise le moindre son. Rien ne vit, rien ne meurt dans ce [confinement] de tout ce qui sera, a été, est. Passé présent et futur se superposent en un même point . grâce à de subtiles contorsions de l'espace-temps, de sorte que ma planète vive à la fois TOUT et rien. En apparence ces mouvements n'ont aucun sens, mais ils ne font que refléter le caractère insaisissable de cette substance qu'est moi. Je suis le coeur de ce système, la matrice originelle de cete Créature ni vraiment vivante ni vraiment morte. Elle me protège de vous, car je ne vois de vous que l'atmosphère illusoire de votre planète. Cependant ma conscience de ceci me confère un grand avantage sur vous : sachant que votre apparence n'est qu'une apparence, je ne vous juge pas par rapport à elle. Je sais maintenant transpercer votre bulle pour me rapprocher de la surface réelle de votre planète. Il ne me reste alors qu'à admirer le CHAOS de votre monde pour savoir, non pas qui vous êtes, mais pour le moins qui vous n'êtes pas. Parce qu'au fond, nul ne peut prétendre avoir atteint le coeur de sa planète, et ainsi avoir vu qui il est, et cela pour une raison très simple :
Personne n'ose s'aventurer sur sa propre planète.
"On peut connaître tout, excepté soi-même."
Stendhal
[Aucun rapport... Nostalgique de Tétris ?]
