Le Baleinié

Cet article est consacré à un livre, ou plutôt un dictionnaire d'un genre nouveau: le Baleinié. Il s'agit d'un dictionnaire de mots qui devraient exister car ils résument des problèmes de tous les jours. En voici quelques-uns:
priadour : durée d'apnée nécessaire au changement de la litière du chat.
ertezoute : personne qui vous tient la porte de si loin qu'elle vous oblige à presser le pas.
chacard : pied de table contre lequel vous vous heurtez violemment le petit orteil.
couffiarde : cigarette allumée par le filtre.
zoupard :exacte distance (3,5 cm) entre l'extrémité des doigts tendus et le ticket de péage, qui contraint à ouvrir la porte et à sortir de l'auto pour récupérer le ticket.
cabroche : au cinéma, action de lutter discrètement avec son voisin pour pouvoir mettre son bras sur l'accoudoir.
dipilure : énervement causé par le fait que l'étiquette de quelqu'un qui se trouve dans votre champ de vision sort du col de son chandail.
gamarrer : saluer une personne que vous ne connaissez pas et qui salue en fait une autre personne située juste derrière vous.
idare : propos brillant qui vient à l'esprit cinq minutes après la fin d'une conversation animée et alors que votre interlocuteur est déjà parti -- par extension, phrase à l'emporte-pièce que vous aviez prévu de dire lors d'un entretien important (entrevue d'embauche, annonce de rupture, etc.) et que le fil de la conversation ne vous donne aucune chance de placer.
téréité : procédé mnémotechnique consistant, au lendemain d'une soirée bien arrosée, à essayer de se rappeler ce qu'on a pu dire d'irréparable, et à qui.
pani-pané : insomnie rythmée par "J'allume la lumière ou j'laisse faire le moustique ?!".
niplozère : co-voyageur lisant par dessus votre épaule.
moulaphiater : réfléchir en suçant son feutre par le mauvais bout.
guîte : lettre d'une chaîne qu'on n'ose ni jeter ni déchirer parce que, et c'est écrit dans la lettre, ça porte malheur.
abrataphier : se prendre la manche dans la poignée de la porte, un bol de café à la main.
bibouplelouler : mettre un jeton dans une auto-tamponneuse et s'apercevoir qu'on est seul sur la piste.
Le Baleinié

# Posté le mercredi 18 juillet 2007 18:02

Roger

Bon, j'ai décidé de faire un article sur mon nouveau beau-père (enfin le copain de ma mère, ils sont pas mariés), à savoir: Roger (prononcez "Rodjeur") !
Tout d'abord, une petite description physique:
Rodj' est un homme (bon, ça c'était peut-être pas la peine de le préciser...) qui doit mesurer dans les 1,85m (je dis "qui doit" parce que je suis trop petite pour le vérifier, mais à sa façon de se pencher quand il me fait la bise, et sachant que je lui arrive péniblement juste en dessous de l'épaule, je pense ne pas me tromper) pour un poids de... ben j'en sais rien, mais pas beaucoup vu qu'il n'est vraiment pas épais ! Rodj' est brun, et sa coupe de cheveux à la Cali laisse penser que son coiffeur a mis fin à ses jours depuis un bon moment déjà... Rodj' a une superbe voix grave qui impressionne les pitits nenfants, et des mains gigantesques (normal, vu sa taille) auxquelles il doit en partie son surnom de "Gulliver" (d'autant que le reste de ma famille doit avoir du sang pygmé dans les veines, c'est la seule explication que je vois en tout cas...).
Rodj' est un passionné de technologie moderne, mais pas un geek non plus. Cependant il dispose d'un ordinateur dernier cri, sa voiture est une vraie boîte de nuit (pour preuve le caisson de basses qui prend la moitié du coffre et devant lequel bavent tous les jeunes de mon âge qui l'aperçoivent), et il possède un home cinéma avec rétroprojecteur, écran géant qui couvre tout le mur du salon,et 6 enceintes surpuissantes. De plus, Rodj' est fan de AC/DC !!!! Je suis moi-même tombée amoureuse de ce groupe mythique en regardant le live de "Back in black" chez lui; et depuis je voue une admiration totale à Angus Young, le guitariste de AC/DC. Rodj' est également hyper calé sur tout ce qui touche à la musique et aux ordinateurs, ce qui n'est pas pour me déplaire, moi qui galère comme une malade avec Internet... Détail à noter: Rodj' est FOU, ce qui explique qu'il se sente à l'aise avec nous. En conséquence, Rodj' ne peut s'empêcher de marcher quand il téléphone (sur son PDA, pas sur un vulgaire portable...). Sachant qu'une de ses conversations téléphoniques peut durer jusqu'à 1/4 d'heure (petit joueur, va!), je vous laisse imaginer le nombre de tours qu'il a alors effectués autour de la table de la cuisine (c'est toujours à cet endroit qu'il téléphone. Pourquoi? Mystère...). Je dois aussi vous préciser un trait important de la personnalité de Rodj': il fait des bruitages. Oui, dit comme ça, ce n'est pas très clair... Explication: Rodj' commente ses propres gestes avec des onomatopées, type "clic" quand il appuie sur un interrupteur, "crack" quand il coupe un morceau de pain (à mains nues!! Quel homme!!!),etc. Il n'est donc pas rare d'entendre "Youhou!" dès que Rodj' fait quelque chose, car "Youhou!" semble être son expression favorite, avec le fameux "Bon, ça, c'est fait." qui indique la fin d'une action quelle qu'elle soit.
Roger est donc un type peu banal, décalé, avec un humour... particulier (grand adepte des blagues pourraves, style "ça te la coupe, comme dirait la scie"). En tout cas, il me fait bien marrer, je le trouve super sympa et beaucoup plus mature qu'il n'y paraît, et je l'adore vraiment! D'ailleurs, ma mère parle d'emménager avec lui, mais pas pour tout de suite (ça ne fait que 7 mois qu'ils sont ensemble). C'est la première fois qu'elle s'entend aussi bien avec un homme, elle a l'air d'être très heureuse avec lui alors pourvu que ça dure!

"J'ai toujours vu que pour réussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage."
Montesquieu

# Posté le mercredi 18 juillet 2007 17:00

Modifié le samedi 29 décembre 2007 08:21

Et un dernier petit poème...

Promis: c'est le dernier que je mets!

Danse macabre

Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D'une coquette maigre aux airs extravagants
.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S'écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.


La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.


Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d'un néant follement attifé.


Aucuns t'appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L'élégance sans nom de l'humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher!


Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie? ou quelque vieux désir,
Eperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir?


Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur?


Inépuisable puits de sottise et de fautes!
De l'antique douleur éternel alambic!
A travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.


Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts
Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie?
Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts!


Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d'amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.


Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.


Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués:
"Fiers mignons, malgré l'art des poudres et du rouge
Vous sentez tous la mort! O squelettes musqués,


Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus!


Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange
Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.


En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire
En tes contorsions, risible Humanité
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité!"


Charles Baudelaire

# Posté le mardi 10 juillet 2007 12:29

Modifié le mercredi 02 janvier 2008 17:25

Encore et toujours Eluard...

Pour continuer ma journée poème, en voici un superbe:

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom


Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom


Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom


Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom


Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom


Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom


Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom


Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom


Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom


Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom


Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom


Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom


Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom


Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom


Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom


Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom


Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom


Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom


Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom


Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom


Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer


Liberté


Paul Eluard
Encore et toujours Eluard...

# Posté le mardi 10 juillet 2007 09:36

Modifié le mercredi 02 janvier 2008 17:25

Mon poème préféré

Mon poème préféré
Mon poème préféré, extrait du recueil "Capitale de la douleur" de Paul Eluard:

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu
.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs


Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.


Paul Eluard

# Posté le mardi 10 juillet 2007 09:15